Juste pour le plaisir, je vous livre l'intro de mon splendide dossier sur « l'expérience de la transcendance en milieu forestier ». (Parce que dit comme ça, ça fait un peu barbare quand même !)
RAPPORT DE L’INDIVIDU A L’ENVIRONNEMENT
« L’expérience de la transcendance en milieu forestier »
D’une manière générale, le contact avec le milieu naturel suscite un sentiment et des états affectifs positifs. Il est vécu comme une rupture de la routine, un dépassement des limites de la vie quotidienne, et parfois même, les individus ressentent une sensation de fusion avec la nature. Le moment présent est alors vécu comme plus intense, on est plus attentif à sa signification. Il y a également, lors du contact avec le milieu naturel, une perte de repères temporels, comme si le temps semblait s’arrêter. C’est ce que l’on appelle l’expérience de la transcendance.
Il existe donc une relation privilégiée entre l’homme et le milieu naturel qui donne lieu à des bénéfices psychologique pour l’individu qui en fait l’expérience. Différents modèles explicatifs tentent de décrire ce rapport privilégié. Pour Ulrich par exemple, la qualité du milieu naturel et les caractéristiques de la nature constitueraient des stimuli qui attirent et gardent l’attention des individus (théorie de la restauration de l’attention, 1991). Pour Kaplan, les milieux naturels consolident l’efficacité de l’individu dans des actions orientées vers le changement. Ils assurent la restauration et les individus sont donc plus disponibles pour développer des actions orientées vers un but précis, particulièrement un but de changement (théorie de la compatibilité, 1983). Enfin, pour Bischof, les individus vont développer des relations privilégiées avec l’environnement naturel de façon congruente, il y aura une « congruence affective » entre l’homme et milieu naturel (théorie de la régulation socio-affective, 1985).
Mais en plus de ce lien avec le milieu naturel, les individus développent également des attitudes et des valeurs, et peuvent même s’adonner à des réflexions spirituelles liées à leur conception du monde et à leur position dans celui-ci. Ces réflexions sont sous-tendues par l’espace naturel. Il s’agit d’une expérience qui rend l’individu humble vis-à-vis de cette nature qui est infinie, qui impressionne, et impose une certaine remise en question. Cette expérience ne peut donc pas avoir lieu dans n’importe quel milieu naturel. Celui-ci doit posséder des qualités environnementales spécifiques.
Cependant, il existerait des expériences marquantes lors de contact avec la nature qui seraient d’un autre type (expériences de loisirs ou esthétiques). Ces différents vécus en milieux naturels dépendent des qualités environnementales, et des buts que se donnent les individus. Mais ces expériences d’esthétique et de loisirs seraient-elles compatibles avec la transcendance, dans le sens où elles sont marquantes pour l’individu qui, par ce biais, s’évade de la vie quotidienne ? Par ailleurs, si l’individu a un but défini, s’il chercher à échanger avec autrui, il va être moins disposé à cette sensation d’humilité provoquée par le milieu naturel.
On cherche alors à comprendre pourquoi le contact avec un milieu naturel, ayant ces caractéristiques environnementales spécifiques, nous impose cet état. De nos jours, nous avons plusieurs éléments de réponse.
Une première approche tend à définir l’intérêt de cet état de transcendance. Ainsi, pour les psychanalystes, il s’agit d’accéder à des états inconscients plus profonds auxquels on n’accède pas dans le quotidien, afin de mieux pouvoir les intégrer par la suite (psycho-dynamique). Une seconde approche propose l’explication du rôle du contact avec la nature en termes de « sens du lieu ». C’est une approche transactionnelle avec la notion prépondérante de compatibilité entre le lieu et l’individu. L’interaction entre les deux va être fonction du sens que l’individu va donner au lieu et à ses différentes qualités environnementales. Il s’agit de significations à la fois individuelles et sociales (culturelles). Enfin, une troisième et dernière approche prend en compte le type de relation, d’activité, développé par l’individu par rapport au milieu naturel, ce qu’il va y faire. Une activité typique au sein d’un lieu qui possède des qualités environnementales spécifiques qui vont permettre ce type de relation. L’individu s’inscrit alors dans le cours de la vie, sans imposer un contrôle, contrairement à ce qui se passe lors de la vie quotidienne en ville. Il va lâcher prise, et les conditions de l’espace naturel vont plus ou moins favoriser ce type de posture.
La forme du paysage (fait qu’il soit massif, cohérent ou plutôt morcelé et détaillé, densité de végétation) dans lequel se déroule l’activité aurait également un rôle à jouer. Il faut un milieu qui impose à l’individu sa position d’humilité. Par conséquent, cela signifie qu’il existe des caractéristiques environnementales particulières qui joueraient un rôle dans l’expérience de la transcendance.
La forêt est un environnement propice aux éléments de densité qui apportent de l’incertitude et du mystère. Elle apparaît comme impénétrable, impossible à prospecter. C’est un milieu naturel ambigu, à la fois attractif et effrayant. Du point de vue culturel, la forêt à une certaine symbolique et suscite un état affectif caractéristique. Et c’est cet état affectif, positif ou négatif, qui serait à la base de la transcendance. C’est pourquoi les auteurs de l’article ont choisi le milieu forestier pour mener à bien leur étude.
2 commentaires à cet article.
Heureuse pour toi!
tout a l'air de bien se passer pour toi!